par Meziane Abdellah *
1ère partie
La part de l’enveloppe budgétaire de l’année 2008 du programme présidentiel pour le développement de l’amélioration urbaine, seulement pour la wilaya de Bouira, est, selon le directeur de l’Urbanisme et de la Construction, de plus de 380 milliards de centimes.
Si l’Algérie possède 48 wilayas, durant seulement l’année 2007, l’Etat algérien leur a réservé plus de cent milliards de dinars, afin de faire traduire sur le terrain de nos milieux urbains, une amélioration urbaine où il y aura plus de propreté et d’attrait paysager des villes modernes.
Les travaux de 12 opérations sur les 17 inscrites au titre du programme quinquennal 2005-2009 pour l’aménagement urbain et la promotion du cadre de vie des communes de la wilaya de Naâma ont été achevés, selon le directeur de l’Habitat et de l’Urbanisme. Ces opérations, pour lesquelles un montant de 4,5 milliards de dinars a été alloué, sont destinées à l’extension et la rénovation des réseaux d’assainissement, la voirie, l’éclairage public, les trottoirs, le désenclavement des quartiers défavorisés et l’aménagement des espaces verts à travers les 12 collectivités locales de la wilaya, alors que parmi les projets, concrétisés et inscrits en 2005, figurent l’aménagement de six sites (60 millions de DA), et qu’en 2006, il a été concrétisé trois autres actions sur les cinq inscrites pour un montant de 120 millions de DA, touchant six quartiers donc 8 opérations sur un total de 14, inscrites en 2007, où 120 millions de DA ont été achevés. Bien que durant ces dernières années, pour faire avancer l’amélioration urbaine de nos villes et villages, l’argent de l’Etat coule à flots au sein des directions des wilayas, puisque même le président de la République y a consacré des discours et que depuis déjà deux ans, une loi d’orientation de l’amélioration urbaine y a été adoptée, sur le terrain de nos milieux urbains, rien de concret n’a été réalisé réellement pour montrer les signes d’une vraie réussite d’un projet d’amélioration urbaine et cela malgré les colossaux budgets qui ont été normalement consumés, selon les dires des directeurs concernés. En visitant seulement les chefs-lieux des wilayas de Bouira ou de Nâama, à l’instar de nos autres agglomérations, nous constatons que ces villes sont toujours sales et leurs gestions continuent toujours à se détériorer au point que l’ensemble de nos milieux urbains agonisent par faute d’incompétence de ces pouvoirs publics, à commencer par les walis et les chefs de daïra, qui ne font rien pour y remédier à ce problème crucial de la vie quotidienne de nos citoyens, au point que tout visiteur étranger de nos agglomérations est frappé par le degré d’insalubrité jamais égalé au niveau de nos différentes agglomérations et cela, bien qu’il existe une volonté politique de relance du tourisme en Algérie, afin de faire la concurrence à nos voisins méditerranéens et aboutir à la promotion de la politique touristique en Algérie, dans un but d’assurer un meilleur avenir à nos milieux urbains et à nos générations futures.
Selon les normes internationales exigées par l’Organisation Mondiale de la Santé, chaque habitant d’un milieu urbain doit avoir une couverture végétale de 10 m², mais si actuellement chez nous, même les citadins de notre capitale ne disposent que d’un m²/habitant, ce n’est que parce qu’au moment où certaines villes modernes réussissent à atteindre même les 40 m²/habitant, comme Londres et Amsterdam. Si nos agglomérations suffoquent dans la pollution et manquent d’espaces verts, ce n’est que parce que aujourd’hui, ni les autorités locales, ni les citadins ne se soucient plus de leur cadre de vie pour veiller à la préservation des espaces verts publics, comme l’a prouvé le cas du jardin de la Palestine de la ville de Lakhdaria, où le 27 janvier 2008, sous les yeux des hautes autorités de la ville et des citoyens de la ville, plus d’une centaine d’arbres et arbustes ont été arrachés avec un âge de plus de trente ans, et cela bien que la loi de gestion et de protection des espaces verts a été adoptée le 13 mai 2007, car ce qui importe le plus pour l’Algérien d’aujourd’hui, c’est qu’ils puissent encore faire de l’argent au détriment des autres puisque même au sein de son propre jardin, il n’a plus la patience de voir pousser les végétaux au fil des saisons.
Aujourd’hui, en terme de projet d’amélioration urbaine, chacune de nos wilayas est capable de nous montrer son propre schéma directeur, qui montre des milieux urbains avec des dizaines de jets d’eau et autres espaces verts ainsi que des trottoirs aménagés à l’européenne. Mais si ces projets de présentation ne sont souvent que du matériel stocké sans une réalité sur le terrain, ce n’est que pour être présenté aux hautes autorités de l’Etat lors de leurs visites au sein de ces wilayas, puisque leur exécution ne dépasse jamais ce stade, car c’est toujours les mêmes schémas qui sont présentés aux différentes autorités et cela depuis plusieurs années, ce qui explique une des raisons pourquoi depuis quelques années, nos milieux urbains n’ont pas changé d’un iota. Depuis quelques années, certains architectes paysagistes algériens n’arrêtent pas de faire des analyses, affinent leurs diagnostics sur la situation de la politique d’amélioration urbaine en Algérie, tout en proposant des solutions pour la résolution de ces différents problèmes de gestion des milieux urbains. Mais si aucune initiative n’a vraiment réussi à déboucher sur des actions concrètes de terrain au sein de nos différentes agglomérations, ce n’est que parce que les forces intellectuelles algériennes intervenant dans le processus de l’amélioration urbaine de notre pays, n’arrivent pas à faire une alliance de leurs réflexions, même si beaucoup de ces spécialistes en amélioration urbaine et des aménagements paysagers sont conscients que nos milieux urbains méritent mieux de ce qu’ils sont aujourd’hui, puisque l’impact de leurs réflexions sur l’évolution des aménagements paysagers des milieux urbains et de l’amélioration du cadre de vie de nos citoyens demeurent insignifiantes devant les agissements d’ingratitude de nos autorités locales et de nos politiques parce que au moins deux raisons majeures peuvent apporter une explication sur cette incapacité d’agir contre un système d’amélioration urbaine ancré dans le paysage politique depuis presque cinquante années, afin d’influer et de peser dans le processus décisionnel, dans le cadre de l’amélioration de nos milieux urbains en Algérie. La première raison est due au comportement de la majorité de ces spécialistes puisqu’ils manifestent une absence totale d’une vision stratégique commune, comme une démarche à suivre pour avoir une sorte de « compromis historique en amélioration urbaine », et qui laisse de côté les clivages idéologiques pour se détourner du seul objectif stratégique, qui est de participer activement dans les projets d’amélioration urbaine à but politique, afin de se rapprocher des hautes autorités locales dans le but de faire fonctionner leurs entreprises pour s’installer dans le système actuel du marché public grâce aux pratiques d’influences et sortir leurs propres économies de la déroute financière grâce à la concurrence déloyale. La deuxième raison est que si dans les pays développés comme le Canada, les Etats-Unis, l’Australie et l’Angleterre, l’architecte paysagiste a son propre statut pour y travailler et qu’au sein des autres pays développés qui n’ont pas encore reconnu ce statut primordial, l’architecte paysagiste est considéré comme l’ambulancier de l’urbanisme moderne, car sa position dans l’amélioration urbaine est forte et influente.
En Algérie, malgré le peu d’architectes paysagistes existant sur le territoire national, chacun de ces spécialistes en architecture du paysage réfléchit à son propre statut financier tout en continuant à se mélanger avec les faiseurs de jardins disparates, au lieu d’oeuvre vers un regroupement associatif pour pouvoir mener un combat collectif, afin d’exiger aux politiques la création d’une école de formation d’architectes paysagistes et l’instauration d’un statut pour la reconnaissance, en Algérie, de l’architecture du paysage comme modèle d’intégration du concept paysager dans la politique d’amélioration urbaine algérienne, à l’instar des avantages que possèdent déjà les architectes en bâtiment et les urbanistes algériens.
Dans notre pays, le peu d’architectes et ingénieurs paysagistes algériens, qui exercent sur le terrain des collectivités locales, se sentent tellement exclus par rapport aux architectes et aux urbanistes, qu’ils ont opté, même souvent volontairement, pour l’indifférence face à ce que font nos décideurs dans les projets d’amélioration urbaine et de l’amélioration du cadre de vie des citoyens, puisque même si certains ont opté pour des actions individuelles pour combattre l’indifférence de nos autorités locales dans leur logique des projets paysagers d’amélioration urbaine et la reconnaissance du métier de l’architecture du paysage en Algérie. Face aux autorités politiques de notre pays, ces actions restent souvent sans aucun effet sur l’évolution de l’intégration des architectes paysagistes dans le processus d’amélioration urbaine de notre pays et cela, malgré les différentes félicitations internationales pour un travail exemplaire réalisé au sein de la nouvelle ville de Aïn Témouchent parce que le travail des uns a été caché par les actions des autres qui ont su trouver les meilleures méthodes individualistes pour s’intégrer dans le système par le biais d’associations ou d’entreprises de grandes envergures sur le thème des jardins d’Algérie, tout en oeuvrant de l’étranger dans un but chimérique de soi-disant pousser le système à se réformer de l’intérieur, avec une intention d’opportunisme pour se dissoudre pleinement et complètement dans le moule réservé par le système aux architectes en général.
Cette dispersion et l’absence d’une position fédératrice pour des actions communes de la part de nos architectes paysagistes bénéficient avant tout, au système local en place, qui, malgré un combat mené par certains spécialistes suite à une série d’actions à travers des débats et des réflexions, continue à gérer l’amélioration du cadre de vie de nos citoyens au sein de nos milieux urbains avec des méthodes qui continuent à privilégier les bureaux d’études en architecture pour la restauration et la réalisation des projets d’espaces verts dans le cadre du programme nationale d’amélioration urbaine.
Ce qui a rendu les architectes paysagistes algériens incapables d’influer sur les décisions des autorités compétentes locales en amélioration urbaine et de retrouver leur place dans le cercle des maîtres d’oeuvre pour contrer la maîtrise d’ouvrage, c’est parce depuis les années quatre-vingt, les responsables de la maîtrise d’ouvrage, en Algérie, sont devenus conscients que le danger de remise en cause de leurs projets urbains réalisés en milieux urbains par des entreprises collaboratrices à leurs propres économies, ne peut venir que de cette tranche de la société intellectuelle des spécialistes en amélioration urbaine comme les architectes paysagistes, puisque leurs affaires peuvent être fructueuses si le borne reste Roi au pays des aveugles, et cela parce que nos responsables de la politique d’amélioration urbaine ont mis en place une trappe entretenue pour faire croire aux spécialistes de l’amélioration urbaine, que des mesures s’élaborent à leur profit dans le domaine d’amélioration du cadre de vie de nos citoyens au sein de nos milieux urbains, tout en les maintenant ainsi en permanence en attente d’un quelque espoir d’un projet paysager concret, parce que pour certain architectes paysagistes, réagir contre cette manière de gérer un programme national d’amélioration urbaine, ne peut que mener à une incertitude et une perte d’un espoir de continuer à travailler et d’avoir le minimum de projets d’aménagements d’espaces verts à réaliser, afin d’arrondir ses fin de mois.
A Suivre
*Architecte paysagiste, Lakhdaria Algérie.
Diplômé de Versailles et membre de l’AAPQ et de l’ASLA.